Javier Milei. Son parti s’est imposé aux législatives face à une gauche péroniste discréditée.

Au-delà des apparences

Les élections législatives moldaves et en République tchèque ont donné la victoire aux favoris des sondages, mais cette affirmation doit être nuancée. 

Le 28 septembre, le parti de la Présidente moldave pro-UE Maïa Sandu a obtenu plus de 50 % des suffrages exprimés et 53 députés sur 101 soit la majorité absolue des voix et des sièges. Elle perd cependant 10 sièges par rapport aux élections de 2021 et le taux de participation est resté à peu près le même. Dans un climat de dramatisation des élections où les électeurs étaient censés choisir entre l’Europe et la soumission au pouvoir russe, 52 % de participation est un score moyen. D’autant que ces élections moldaves avaient pris une dimension qui dépassaient largement le cadre national. L’ampleur de l’intervention russe dans le processus électoral tout au long de la campagne, et la venue en Moldavie de plusieurs chefs de gouvernement européens, notamment la troïka Tusk, Merz, Macron à Chisinau, le 27 août, donnaient à cette élection la dimension d’un nouveau référendum sur l’adhésion à l’Union Européenne. De plus en plus de Moldaves aspirent à une meilleure prise en compte de leurs difficultés quotidiennes, chômage, inflation, faible croissance économique, que les réformes structurelles promues par la présidente moldave n’ont pas contribué à endiguer. Le succès relatif de partis favorable à une politique davantage tournée vers les problématiques internes, dont celui du maire de Chisinau, en est un signe. Si les diasporas ont largement soutenu Maïa Sandu, en Transnistrie son parti obtient même près de 30 % des voix, l’ouverture de deux uniques bureaux en Russie pour près de 300 000 votants potentiels est plus que discutable. Enfin si les villes sont favorables au parti au pouvoir, le monde rural reste toujours favorable à l’opposition pro-russe, la palme revenant à la Gagaouzie où les pro-UE n’obtiennent que 3,19% des voix.

Certes le parti du milliardaire Andrej Babis est arrivé en tête le 4 octobre dans 13 des 14 circonscriptions régionales à l’exception de Prague avec 34, 5% des voix et a obtenu la majorité à la chambre basse du parlement tchèque avec 80 sièges, mais c’est une majorité relative et il doit trouver un ou deux partenaires de coalition pour gouverner. Fort logiquement, il a annoncé l’ouverte de négociations avec deux partis classés à droite de l’échiquier politique le SPD (Liberté et Démocratie directe) et Motoriste (Les Automobilistes pour eux-mêmes). Le premier, défavorable à la politique pro-Ukraine du gouvernement sortant, a recueilli 7,78 % des voix et 15 sièges soit 4 de moins qu’en 2021. Le second a été fondé en 2022 par Filip Turek et se bat pour la promotion des véhicules à moteurs thermiques et plus généralement s’oppose au Pacte Vert promu par l’Union Européenne. Avec 6,77 % des voix, il obtient 13 sièges et entre au Parlement tchèque dès sa première participation aux élections législatives.

Cela signifie-t-il qu’ Andrej Babis, s’il est nommé Premier Ministre va promouvoir une politique pro-russe, voire enclencher un processus de sortie de l’Union Européenne ? C’est plus que douteux. Dans les deux cas il devrait affronter le Président de la République et le Sénat. Et surtout ce serait aller contre ses propres intérêts financiers. Il a d’ailleurs déclaré à plusieurs reprises qu’il ne quitterait pour rien au monde l’Union Européenne ou l’OTAN. Il se veut un supporteur de Trump, comme hier il estimait Macron. Il hume l’air du temps et s’y adapte. Il veut donner la priorité aux citoyens tchèques et moins investir dans le soutien à l’Ukraine qu’il juge excessivement coûteux. Enfin, ses éventuels déboires judiciaires à venir pourraient contrarier ses ambitions politiques. ■

Marc Sévrien.