Javier Milei. Son parti s’est imposé aux législatives face à une gauche péroniste discréditée.

Impuissances française et européenne

Le coup de force américain au Venezuela a donné lieu à un festival de déclarations tant de la part des dirigeants français qu’européens. Si certaines sont pertinentes, la plupart témoignent d’une absence de réflexions stratégiques et géopolitiques antérieures, révélant ainsi une impuissance consentie.

En France, dans la cacophonie générale, Gabriel Attal s’est montré, dans un premier temps, plutôt lucide dans une déclaration sur X : « Notre attachement au droit international n’est crédible que si ceux qui y croient et le défendent sont forts : sinon ce ne sont que des mots creux et des incantations. Ce qui me désole le plus dans les réactions que je lis depuis hier, c’est combien certains semblent avoir intériorisé l’impuissance à agir et l’érigent au rang de doctrine : « que dirons-nous ? », ce n’est pas la question que je me pose. Car je considère pour ma part que diriger, ce n’est pas commenter mais agir. En cas de crise, la France et l’Europe doivent avoir les moyens de faire, pas le confort de dire. La question ne peut plus être « que dirons-nous ? » mais « que ferons-nous ? ». Je ne dévierai jamais de cette ligne ». Des mots que nous pourrions faire nôtres s’ils n’étaient pas, dans un deuxième temps, fortement affaiblis par une affirmation sur ce même réseau : « (…) notre refus de nous laisser effacer et c’est l’Europe [qui est] seule à même d’hisser notre continent à la hauteur des défis qui viennent ». Bon sang ! Mais c’est bien sûr !! Notre homme prépare sa candidature à l’élection présidentielle ! Bien essayé : l’Europe, sur un malentendu, cela pouvait marcher…

Concernant les responsables politiques français, du duo Sarah Knafo-Eric Zemmour à droite à Jean-Luc Mélenchon à gauche, les déclarations sont celles qu’on pouvait tristement attendre. Concernant les rivaux identitaires Knafo-Zemmour, difficile de savoir lequel des deux a plagié l’autre : « Quand un narco-dictateur viole notre souveraineté en utilisant les armes de guerre que sont le trafic de drogue et l’invasion migratoire, ça n’est pas de l’ingérence que de répondre » (S. Knafo) « Immigration et drogue sont des guerres qui nous sont menées sans déclaration. Ce n’est pas parce que nous refusons la guerre que les autres ne nous la font pas » (E. Zemmour).

Pour le RN, « La souveraineté des États n’est jamais négociable, quelle que soit leur taille, quelle que soit leur puissance, quel que soit leur continent. Elle est inviolable et sacrée » (MLP) « Le renversement extérieur d’un gouvernement, par la force, ne saurait constituer une réponse acceptable (…), la France doit tirer les leçons de sa vulnérabilité stratégique et géopolitique. Il est vital d’engager, comme nous le défendons, un effort résolu de réarmement de notre Nation, de renforcer nos capacités industrielles et militaires, et de redresser un réseau diplomatique affaibli par Emmanuel Macron » (J. Bardella). Bien joué : ils évitent à la fois le piège identitaire et le piège « attalien » du « machin » en adoptant une tonalité gaullienne.

Dominique de Villepin, artisan du non-engagement français en Irak en 2003, ne pouvait faire moins bien : « Les États-Unis se mettent volontairement et indiscutablement hors du droit international en violant la charte et l’esprit des Nations Unies. C’est un acte lourd de conséquences pour l’ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale (…) La France et l’Europe doivent clairement réaffirmer avec les pays du Sud Global leur attachement aux principes du droit international, et d’abord la souveraineté des Etats et la sécurité collective, et défendre l’ordre juridique des Etats-nations contre la collision brutale des empires ».

Jean-Luc Mélenchon reste fidèle à sa fascination pour son « dieu » Hugo Chávez, mentor du président enlevé par les « gringos » : « Les USA de Trump s’emparent du pétrole du Venezuela en violant sa souveraineté avec une intervention militaire d’un autre âge et l’enlèvement odieux du président Maduro et de son épouse ». Et pour compléter le tableau LFI, Mathilde Panot, sur BFM TV, refuse de qualifier Nicolàs Maduro de dictateur : « Je ne peux pas répondre ».

Et enfin, pour clore ce médiocre florilège français, fidèle à son « en même temps », Emmanuel Macron s’est réjoui le 3 janvier que le peuple vénézuélien soit « aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro » sans condamner l’intervention américaine. Rattrapé par sa propre patrouille gouvernementale le 5 janvier lors du Conseil des ministres, il s’est fendu le soir même d’un « la méthode utilisée n’est ni soutenue, ni approuvée ».

Indigence bruxelloise. – Côté européen, l’UE a réagi, le 3 janvier, en conseillant aux compagnies aériennes d’éviter de survoler le Venezuela… De son côté, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est exprimée du bout des lèvres en faveur d’une « transition pacifique et démocratique », rappelant que « toute solution doit respecter le droit international et la Charte des Nations unies », en se gardant bien de mentionner les États-Unis. Enfin, la chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a appelé « à la retenue » et « surveille de près la situation ». Si avec ça, Trump ne libère pas Maduro illico en remettant tout en place à Caracas…

Alors que nous abordons le deuxième quart du XXIe siècle, il est grand temps de tourner la page du monde d’avant pour aborder le monde de l’avènement de Trump et de son Amérique « great again » qui avait seulement mis entre parenthèses la doctrine Monroe, un monde où la Chine monte en puissance à grande vitesse et pose ses jalons stratégiques un peu partout sur la planète, où la Russie a repris une place incontournable sur l’échiquier mondial. Un monde où une Europe fragmentée sous influence allemande et une France divisée et diminuée deviennent des acteurs mineurs, qui ont construit pas à pas leurs impuissances conjuguées par la paresse intellectuelle de leurs dirigeants successifs depuis 40 ans. ■

Loïc de Bentzmann.