Javier Milei. Son parti s’est imposé aux législatives face à une gauche péroniste discréditée.

Agriculture, écologie, même combat

Noël, fête de la paix, de la joie, et des cadeaux pour les enfants. Mais pour les agriculteurs, devant les nouvelles du moment, côté cadeaux, c’est plutôt « Le père Noël est une ordure ». Mercosur, dermatose nodulaire contagieuse, crises agricole, tout ceci en subissant les conséquences aggravantes du changement climatique : la hotte est pleine ! Deux questions viennent immédiatement à l’esprit : comment en est-on arrivé là ? Comment en sortir ?

La crise agricole généralisée qui secoue notre pays peut être traitée d’un point de vue économique (voir page 3). Mais il est aussi possible de la voir comme le symptôme sans équivoque d’une crise bien plus profonde, et de l’incapacité totale de notre système politico-économique à y répondre. C’est qu’il y a dans cette crise deux échelles de temps qui s’entrechoquent. le long terme : tout le monde reconnaît maintenant l’existence d’une crise climatique grave, qui se manifeste par le réchauffement global, mais aussi par l’effondrement de la biodiversité, l’apparition de pandémies catastrophiques, des pollutions diverses, parfois complètement invisibles, des destructions de l’environnement qui mènent à des déplacements de population, une baisse des rendements agricoles etc. Et le court terme, qui touche fortement les agriculteurs de notre pays, qui doivent travailler de plus en plus pour des revenus qui fondent comme neige au soleil, face à un environnement qui devient agressif et des conditions de travail de plus en plus épuisantes. Si garantir des conditions de vie normales à court terme est la première priorité pour les gouvernements, combiner ces deux échelles de temps est indispensable, et possible. Mais cela exige de définir et de maintenir un cap malgré tous les courants contraires, de mettre en place des choix politiques fondés sur des objectifs lointains, tout en maintenant « en même temps » des conditions économiques et humaines satisfaisantes au jour le jour. Or cette politique nécessaire est le contraire exact de ce qui se passe à l’heure actuelle. Pire encore, les politiques appliquées en ce moment ne tiennent plus compte ni des agriculteurs, ni de l’environnement. Les autorités françaises (et européennes), conscientes de la difficulté de la tâche, semblent avoir démissionné : il est tellement plus facile de ne se soucier que de bénéfices financiers immédiats.

En effet, la Commission européenne se prépare à signer le traité dit du Mercosur et négocie avec l’Inde un traité similaire. Nous savons tous, et notamment les plus hautes autorités des États et de l’UE, que ce traité aggravera à la fois les problèmes de notre agriculture et ceux de notre environnement, à quelque échelle que l’on puisse le considérer. Rien, absolument rien ne justifie sa signature, puisqu’il va immédiatement concurrencer notre agriculture, si ce n’est la satisfaction des intérêts de grands groupes privés, souvent même étrangers à l’UE. Et pour cela, l’Europe avale son chapeau et renie toutes les règles écologiques qu’elle-même avait établies : retour sur l’interdiction des véhicules thermiques à partir de 2030, retour sur l’interdiction des épandages de molécules nocives, etc. Le chapeau une fois avalé, que nous promet le Mercosur ? L’arrivée massive d’une agriculture industrielle destructrice de l’environnement ; des produits gavés de molécules pathogènes (pesticides, engrais, herbicides, PFAS etc.) et cultivés sur des terres dérobées aux forêts tropicales du bassin amazonien ; des « empreintes carbone » considérables (transports, conservation, emballages…) ; et des conditions de travail sur place inacceptables. En échange : des prix défiant toute concurrence, des produits disponibles hors saison… et c’est tout. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Est-il indispensable de laisser pénétrer dans l’UE (qui était supposée protéger ses ressortissants de toute concurrence déloyale) des produits dont le seul attrait est un prix que ne peuvent concurrencer les produits européens ? Ce qui mène à la question suivante : doit-on conserver des systèmes politiques qui nous imposent ces choix délétères ?

La maîtrise de l’évolution de notre environnement à long terme nous a échappé, puisque nous n’avons pas su ou pas pu – ou pas voulu – agir à temps pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Nous sommes en principe toujours maîtres de celle de notre société, qui n’est dépendante que de la volonté humaine : rien n’empêche la France de protéger ses agriculteurs et de les faire passer sans dommage de l’agro-industrie à l’agroécologie. Rien, sauf des intérêts financiers privés dont certains gros syndicats agricoles sont les représentants, qui font tout pour bloquer cette évolution pourtant vitale. Alors, puisque nous sommes en période de vœux du nouvel An, formulons celui que les actions des agriculteurs ouvrent les yeux de nos gouvernements et leur fassent comprendre qu’ils ont dans les mains les moyens, les capacités et les instruments pour combiner l’amélioration des conditions de vie et de travail des agriculteurs, le soutien de l’agriculture, et son évolution vers une agroécologie adaptée à un environnement plus fragile et instable, en réduisant l’impact de ses actions pour limiter les dégâts que nous avons commencé à causer. Tout est possible : c’est une affaire de volonté et de choix. ■