Monsieur et Madame de Sesmaisons poursuivent leur action en faveur des prisonniers, des réfractaires au STO, et des réseaux de résistance jusqu’à la libération du pays nantais, en août 1944. Après-guerre, Olivier fera une carrière politique et Yolaine soutiendra son action.
Madame Yolaine de Sesmaisons va être accompagnée et soutenue, pendant toute l’occupation, par plusieurs personnes remarquables. Sa grande amie, Madeleine de Charette de La Contrie (1898 †1998), dont le mari Georges (1903 †1982) est un descendant de Monsieur de Charette, l’ancien des guerres d’indépendance des États-Unis et surtout le chef de l’armée catholique et royale, fusillé à Nantes le 29 mars 1796. La grande dame souffre beaucoup de la captivité de son mari et de la mort, dans les camps nazis, de deux de ses cousins, Henri de Pimodan et Jacques de Poix (pour la famille de Poix voir Royaliste n°1220, le réseau Marie-Odile).
Trois autres dames vont partager son aventure. Elle fait la connaissance d’une réfugiée à Mauve-sur-Loire, madame Schneider, strasbourgeoise, parlant couramment l’allemand, qui va l’accompagner dans toutes ses démarches. Opulente femme, elle fait pencher la petite voiture, une Rosengart, pendant les milliers de kilomètres que parcourent les deux femmes. Sans demander son reste, à la Libération, elle rentre en Alsace et disparaît sans laisser d’adresse. Autre aide précieuse, celle de demoiselle Maria-Magdalena Guilloux, une ancienne bénédictine du couvent d’Argentan, pour l’heure institutrice à la Desnerie, qui partage son temps entre son enseignement et le secrétariat nécessaire aux activités de la maîtresse de maison. Et encore l’infirmière militaire du Centre d’accueil de la Croix Rouge, madame Jongh, aussi jolie que dynamique, qui s’occupe de trouver des habits civils lorsqu’il s’agit de faire passer des prisonniers, ou des S.T.O., dans la clandestinité…
Madame la marquise Yolaine de Sesmaisons va passer à Vichy pour demander aide et assistance. Oh, la mère de famille de huit enfants est très bien reçue, le 26 août 1941, par le Maréchal qui la retient à dîner !… Dès le lendemain on lui porte deux lettres, l’une du général Laure (secrétariat général) et l’autre du général Huntziger, la remerciant pour ses actions en faveur des prisonniers. Ce sera la seule « aide » qu’elle recevra de l’État français. Elle retournera à Vichy en novembre 1942 et là obtiendra de Pierre Laval une réponse simple et sans appel : « Dans les prisons, Madame, qu’y-a-il ? Mon assassin ! ».
Malgré l’évolution de la guerre et l’occupation totale de la France, la dame de la Desnerie va poursuivre ses actions à Nantes, Rennes, Brest, Quimper, Angers, Tours et plus loin à Bordeaux, Troyes, Compiègne et même à Paris. Inter-venant tant auprès de la Wehrmacht que des immondes SS, tant auprès des tribunaux civils et militaires que dans les administrations. Si elle multiplie ses contacts avec l’occupant, en même temps, elle entre en relation avec les groupes de Résistance. Elle cache des réfractaires pendant que son mari leur fabrique des faux papiers. Yves de Sesmaisons (1925 †2014), a raconté, dans son livre, Une Nantaise dans la Résistance, quasi au jour le jour, les activités de ma-dame sa mère pendant l’occupation.
Son frère aîné, Jean (1924 †1948), en juillet 1942, est reçu à Saint-Cyr, replié à Aix-en-Provence. Dès l’occupation de la zone Vichy, les élèves sont démobilisés. Il rentre à la Desnerie. Avec l’accord de ses parents, Jean décide de monter à Paris suivre les cours de Sciences politiques. Mais ce n’est qu’un alibi puisqu’il entre dans l’Organisation de la résistance armée (O.R.A.) du général Georges Revers (1891 †1974), en qualité d’agent de liaison.
Une famille de combattants. – Madame sa mère, poursuivant son action humanitaire, sortant de l’hôtel Majectic (Paris), où elle vient de rencontrer les dignitaires nazis, déjeune avec son clandestin de fils au restaurant des Ministères, tenue par madame Gardes. Celle-ci est la mère de Jean (1914 †2000), un héros de la bataille de France (1940), parti faire la guerre dans l’armée de Lattre. Il fera beaucoup parler de lui dans l’Algérie des années 60 : le colonel Gardes devient en effet l’un des chefs de l’Organisation de l’armée secrète (O.A.S.).
Pour ses vingt ans, Jean de Sesmaisons est arrêté, par la Gestapo le 8 février 1944, avec ses amis Jacques de Barry (1922 †2003) et Michel Froment (1925 †1944). Ils rejoignent Jacques Tyrel de Poix, arrêté quelques jours plutôt. Torturé, incarcéré à Fresnes, il part du camp de Royallieu (Compiègne) pour Buchenwald. Devenu le n°49415, il re-joint le camp de Dora, d’où il s’évade le 4 avril 45. Après-guerre, il retrouve son jeune frère, Yves, dans l’armée. Tous les deux participent à la guerre d’Indochine. Le lieutenant Jean de Sesmaisons, meurt pour la France, dans une embus-cade à Ninh Hoa le 5 janvier 1948, pendant que son frère, le futur général, est prisonnier du Vietminh au Tonkin.
Dès les premières arrestations, en 1940, Berty Albrecht (Combat) organise un service clandestin de soutien aux fa-milles. Le délégué du général de Gaulle, Alexandre Parodi, crée en février 1944 le Comité des œuvres sociales des organisations de Résistance (C.O.S.O.R.), que prend en charge le père Pierre Chaillet (Témoignage chrétien). Immédiatement Yolaine de Sesmaisons devient sa représentante en Loire-Inférieure. Elle ne va pas chômer puisque les arrestations, les procès sans appel, les condamnations et les déportations, se multiplient. Dresser la longue liste des familles qui ont bénéficié des actions de madame la marquise serait long et fastidieux. Qu’ils soient F.F.I., réfugiés, juifs, roturiers ou nobles, tous ont droit à sa sollicitude.
Le pays nantais est libéré le 12 août 1944. Dès novembre, Yolaine de Sesmaisons est membre de la commission de surveillance de la prison Lafayette (Nantes), où sont emprisonnés les collabos. Elle est faite chevalier de la Légion d’honneur et reçoit la croix de la Libération (avec palmes). Reprenant sa vie de famille, elle meurt le 20 mars 1977.
Monsieur Olivier de Sesmaisons, membre du Comité de Libération, est élu député de la Loire-Atlantique jusqu’à sa disparition le 15 janvier 1967. Toujours secondé par sa femme il adhère au Rassemblement du Peuple français (R.P.F), le quitte, rejoint les Indépendants, mais vote, le 1er juin 1958, l’investiture du général de Gaulle. ■
