Dans son nouvel ouvrage, Le Concours de pêche, l’historien Loris Chavanette propose une émouvante histoire d’amitié, empruntant au roman initiatique et au conte philosophique.
Loris Chavanette nous avait manqué. Nombreux sont ceux qui connaissent son travail d’historien spécialiste de la Révolution française et du Premier Empire. Quiconque a lu son Danton et Robespierre n’a pu que se laisser happer par sa plume incarnée combinée à la solidité intellectuelle et historique. Et dans son précédent roman la Fantasia, il nous plongeait dans l’Algérie des années 50 avec un beau portrait de femme, Mariane.
Le Concours de pêche parvient tout autant à nous séduire. L’auteur nous conte l’histoire d’un homme, Alexandre, en proie à un chagrin amoureux. Les mots ciselés de Loris Chavanette ont un goût d’universel : « Je venais de perdre la femme que j’aimais et à laquelle j’étais prêt à consacrer mon existence. Si encore elle avait essayé de me rattraper dans la rue humide, je lui aurais tout pardonné du moment qu’elle ne m’abandonne pas. » Et cette phrase magnifique : « Je savais au fond de moi que j’entrais dans un long et rigoureux hiver. »
Direction Sète. – Le malheureux va tenter de sauver ce qui reste de son cœur à Sète. Ce sera la voie de la résurrection, couplée à la voix de la mer. « Il n’y a que dans ces îlots méditerranéens qu’une pareille ardeur se rencontre : le climat déteint sur le tempérament, qui garde quelque chose d’embrasé », écrit justement l’auteur.
Cette reconstruction va passer par une partie de pêche, avec d’autres personnes. Et, là, le verbe « conter » se justifie parfaitement. En effet, Loris Chavanette parvient à développer une histoire rythmée, avec des péripéties, sous le fougueux et parfois tragique soleil du Sud, mais surtout à redorer le blason d’un genre littéraire passablement négligé en France actuellement : le roman initiatique.
La rencontre qui change un homme. – Alexandre va rencontrer Jonas, un vieux sans-abri moqué par tous qui va donner une nouvelle tonalité au défi de la pêche : c’est la couleur de l’humanité rejetée et qui ne ploie jamais, c’est l’odeur de l’amitié inconditionnelle, profonde car simple et droite dans ses bottes, c’est la découverte régénérante car Jonas apprend à autrui à vivre, lui qui a survécu à tout, à l’instar du prophète biblique avalé par une baleine puis « délivré ». Dans le regard de Jonas « perçait une forme de nostalgie, un art d’appréhender et sentir les choses ». Sentir la vie. Et transmettre cette pulsion vitale au héros. Comme chez Zorba le Grec de Níkos Kazantzákis pour qui « l’homme doit avoir un grain de folie, ou alors il n’ose jamais couper la corde et être libre », Jonas n’a que faire des faussetés du monde, des hypocrisies en tous genres. Il n’aspire pas à rentrer dans le moule des bonnes gens qui « n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux », comme le chantait Brassens. Jonas est un être revenu de tout (et donc du pire !) et c’est pour ça qu’il sait vivre, « sur-vivre » même, c’est-à-dire vivre plus fort, plus librement, à la manière sans manières des personnages inoubliables de Marcel Pagnol. À son contact, Alexandre va se requinquer mais aussi apprendre à saisir le pouls de l’existence et de la nature. Cette « nature qui broie et brise l’humain est la même qui lui redonne l’espoir et le sourire », note l’écrivain. Et peu importe qui perd ou gagne une partie de pêche, l’important est de retenir que « la bonté humaine demeurera éternellement la toute première forme d’art ». ■
Indiana Sullivan.
► Loris Chavanette, Le Concours de pêche, Allary éditions, août 2025.
