Les élections parlementaires argentines sont une victoire inespérée mais pas inexplicables pour le président Milei. Gare au triomphalisme quand même.
C’est une large victoire qu’a remporté le président Javier Milei lors des élections législatives et sénatoriales du 26 octobre. Il s’agissait de renouveler 127 des 257 députés et 24 des 72 sénateurs. Les sondages annonçaient au mieux des résultats serrés au pire une défaite du président en exercice. D’ailleurs le 7 septembre dernier lors des élections provinciales à Buenos Aires, la plus importante du pays en nombre d’habitants, l’opposition péroniste avait obtenu plus de 47% des suffrages contre 34, pour le parti présidentiel. Mais cette fois-ci le schéma s’est inversé. Le LLD (La liberté avance, parti du président) obtient plus de 40 % des voix et triple son nombre de parlementaires. Il dispose désormais de 93 députés au lieu de 37. Il est en tête dans des 16 provinces sur 23 et notamment dans celle des Buenos Aires. Il va bénéficier du soutien du Parti de l’ancien président conservateur Mauricio Macri et de ses 23 députés. Il ne lui manque plus donc qu’une quinzaine de voix pour obtenir la majorité, ce qui peut se négocier au coup par coup. Au Sénat, il gagne un peu plus de la moitié des sièges à renouveler (13 sur 24). Il obtient même plus de 42 % des suffrages exprimés contre seulement 23 % pour les péronistes.
Comment expliquer un tel phénomène ? Le président Milei a obtenu un certain nombre de succès indéniables. Il a ainsi fortement réduit l’inflation dans le pays. Elle est passée de 211 % en 2023 à 117 % en 2024 et elle est a même chuté à moins de 3% par mois depuis octobre 2024. L’Argentine en 2024 connait pour la première fois en 14 ans un excédent budgétaire. Elle bénéficie aussi d’un excédent commercial du fait de la forte baisse des importations. Quant au taux de pauvreté, après être passé de 44,7 % à 55,5 % durant le premier semestre 2024 et celui d’extrême pauvreté de 13,8% à 19,4 %, ils reculent à 38,1% pour le premier et à 8,2 % pour le second au second semestre. Sur le plan politique, le président Milei bénéficie du discrédit qui frappe la gauche péroniste, incapable de se renouveler depuis la condamnation et la mise à l’écart de l’ancienne présidente péroniste Cristina Kirchner. La revue Noticias reprise par Courrier International livre un bilan sans appel : « Cette défaite électorale laisse une fois de plus le péronisme devant un miroir et l’image qu’il lui renvoie est celle du désordre plus que du leadership. Des conflits internes plus de la stratégie. Des excuses plus que de l’autocritique. » (1)
Attention cependant aux discours triomphalistes. D’abord tout le pays ne s’est pas exprimé. Ensuite la victoire de Milei s’explique aussi par la faiblesse de ses adversaires qui ne subsistera pas éternellement. Enfin des facteurs économiques majeurs invitent à la prudence. D’abord la politique de coupe budgétaire et de réduction des effectifs de la fonction publique a contribué à réduire au chômage une grande partie des fonctionnaires et des agents publics et à faire reculer l’État-Providence. Plus de 200 000 emplois ont été détruits depuis 2023, l’université et le système de santé ont vu leurs finances s’écrouler. Le taux d’activité s’est contracté de 1,8 % en 2024 et la société argentine est plus que jamais une société à deux vitesses, sur fond de fragilisation de la classe moyenne. Enfin le peso lui-même est menacé. Il a fallu l’aide précipitée des Etats-Unis pour que la monnaie argentine ne s’effondre pas. Une aide conditionnée à la victoire du candidat Milei par le président Trump, ce qui est fait. Gare cependant, la messe n’est pas encore dite. ■
Marc Sévrien.
